Travailleurs exposés au plomb et à l’amiante : les chiffres clés en Europe
Le dernier rapport de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) présente une analyse approfondie des expositions professionnelles à 24 agents cancérogènes dans six pays européens. L’amiante et le plomb y figurent parmi les substances les plus préoccupantes, avec des expositions toujours actives dans plusieurs secteurs malgré les réglementations en vigueur.
Le 12 janvier 2026
Exposition professionnelle à l’amiante et au plomb : les enseignements du rapport WES de l’EU-OSHA
Temps de lecture : 6 minutes – Catégorie : réglementation / santé au travail
Le dernier rapport de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), intitulé Occupational cancer risk factors in Europe – Overview of the findings of the Workers’ Exposure Survey (WES), présente une analyse approfondie des expositions professionnelles à 24 agents cancérogènes dans six pays européens. L’amiante et le plomb y figurent parmi les substances les plus préoccupantes, avec des expositions toujours actives dans plusieurs secteurs malgré les réglementations en vigueur.
Une exposition à l’amiante toujours d’actualité
Le rapport WES montre que 1,7 % des travailleurs interrogés dans les six pays couverts (Allemagne, Espagne, France, Finlande, Hongrie, Irlande) ont été probablement exposés à l’amiante durant leur dernière semaine de travail. Si ce chiffre peut sembler limité, il représente plusieurs centaines de milliers de travailleurs, compte tenu des effectifs extrapolés à l’échelle européenne.
À noter : la majorité des expositions recensées sont de faible intensité (1,1 %), mais cela n’écarte en rien le risque, étant donné la très longue latence des maladies liées à l’amiante (jusqu’à 30 à 40 ans pour certains cancers comme le mésothéliome).
Les situations à risque les plus fréquentes
Le rapport identifie plusieurs circonstances d’exposition typiques, souvent méconnues ou négligées, parmi lesquelles :
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Réparation ou remplacement de freins ou d’embrayages sur des véhicules anciens (29 % des travailleurs exposés),
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Travaux dans des tunnels ou bâtiments construits avant les dates limites nationales d’interdiction de l’amiante (22 %),
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Activités de lutte contre les incendies (19 %), en raison de la libération de fibres lors de la combustion de matériaux amiantés,
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Manipulation directe de matériaux contenant de l’amiante, en réparation ou en dépose (15 %),
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Interventions dans des salles des machines de navires anciens, ou dans des centrales thermiques construites avant les années 2000 (environ 5 à 6 %).
Le rapport précise que ces expositions concernent aussi bien des ouvriers qualifiés que des travailleurs non spécialisés, notamment dans les opérations de maintenance, de nettoyage ou d’intervention d’urgence.
Des mesures de protection encore incomplètes
Les données issues du WES mettent en évidence un recours insuffisant aux mesures de prévention, pourtant obligatoires dans la plupart des situations identifiées. Parmi les constats les plus préoccupants :
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Lors de réparations sur véhicules anciens, 40 % des travailleurs déclarent n’avoir utilisé aucune protection (ni ventilation, ni EPI adaptés) ;
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Dans les tunnels potentiellement amiantés, 27 % des personnes exposées n’ont bénéficié d’aucune mesure de prévention ;
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En intervention incendie, seulement 17 % des pompiers exposés utilisent un équipement respiratoire adapté ;
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Lors des opérations de maintenance de matériaux amiantés (hors retrait), 73 % des intervenants n’utilisent pas de protection respiratoire ;
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Dans les salles des machines de bateaux anciens, près d’un tiers des travailleurs ne sont pas protégés.
Le cas particulier du retrait d’amiante
Pour les travailleurs impliqués dans des travaux de retrait d’amiante, les pratiques sont globalement plus encadrées, mais pas systématiquement conformes aux exigences réglementaires. Voici les principales données relevées dans ce contexte :
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Seulement 11 % des retraits sont effectués dans un confinement sous pression négative, pourtant requis ;
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40 % des chantiers disposent d’une unité de décontamination sur site ;
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67 % des travailleurs utilisent un appareil respiratoire adapté (FFP3, masque à cartouche ou appareil à adduction d’air) ;
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Toutefois, 1 % des travailleurs n’utilisent aucune protection lors du retrait, ce qui constitue une violation grave de la réglementation ;
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74 % des intervenants disent avoir reçu une formation spécifique au désamiantage – ce chiffre devrait être de 100 % selon les directives européennes.
Une vigilance accrue reste nécessaire
Malgré l’interdiction et les progrès en matière de réglementation, l’amiante reste omniprésent dans le patrimoine bâti européen, ce qui signifie que de nombreux métiers peuvent y être exposés de manière directe ou indirecte. Le rapport WES souligne l’importance :
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D’un repérage préalable obligatoire et systématique avant tout chantier susceptible de concerner des matériaux anciens ;
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De former l’ensemble des corps de métier concernés, y compris les sous-traitants, auto-entrepreneurs et intérimaires ;
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De renforcer les contrôles sur l’application des procédures de prévention et le port des équipements de protection.
Le plomb : un métal lourd encore présent dans de nombreux environnements professionnels
Bien que largement réduit dans ses usages en raison de sa toxicité avérée, le plomb et ses composés inorganiques restent une source d’exposition professionnelle préoccupante, notamment dans les secteurs du recyclage, de la métallurgie, de la construction et de la maintenance. Classé cancérogène possible pour l’homme (groupe 2B) par le CIRC, le plomb est également reconnu pour ses effets neurotoxiques, hématotoxiques et cardiovasculaires.
Des expositions ciblées mais à haut risque
Le rapport WES révèle que 1,8 % des travailleurs interrogés ont été probablement exposés au plomb au cours de leur dernière semaine de travail. Les principales circonstances d’exposition identifiées sont les suivantes :
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Travaux de soudage, découpe ou brasage de pièces métalliques contenant du plomb ou ses composés ;
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Maintenance et nettoyage de chaudières ou de fours contenant des résidus plombés (13 % des travailleurs exposés) ;
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Travaux de rénovation ou de démolition de bâtiments anciens, où les peintures au plomb sont encore présentes ;
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Fabrication ou réparation de batteries au plomb (type plomb-acide) (9 %) ;
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Recyclage de métaux ou de déchets électroniques (type DEEE) ;
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Travaux dans les usines de fabrication de verre, de céramique ou de munitions, où certains pigments ou composants peuvent contenir du plomb ;
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Utilisation de plomb dans les laboratoires scientifiques ou industriels.
Des protections encore trop souvent absentes
Le rapport met en évidence une sous-utilisation préoccupante des mesures de prévention dans les situations à risque :
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Lors des travaux de soudage ou brasage, près d’un tiers des travailleurs exposés n’utilisent pas d’EPI adaptés (casques à adduction d’air, gants, protections respiratoires spécifiques) ;
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En nettoyage manuel de fours, 25 % ne disposent d’aucune protection ;
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Dans le secteur du recyclage de batteries, les protections sont globalement mieux appliquées, mais certains sous-traitants ou intérimaires restent en dehors des dispositifs de sécurité ;
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Le port de masques à cartouches filtrantes ou de protections intégrales reste très variable selon les pays, les secteurs et la taille des entreprises ;
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Le rapport souligne que les jeunes travailleurs et les travailleurs précaires sont davantage exposés, en raison de l’absence de formation ou de sensibilisation suffisante.
Une réglementation européenne en évolution
L’EU-OSHA rappelle que le plomb est inclus dans le champ d’application de la directive européenne 2004/37/CE relative à la protection des travailleurs contre les risques liés à l’exposition à des agents cancérogènes ou mutagènes. Une révision des valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) pour le plomb a été engagée au niveau européen afin de les rendre plus strictes.
En parallèle, la stratégie "Zéro pollution" de l’Union européenne et le Plan européen de lutte contre le cancer visent à réduire l’exposition aux substances toxiques sur les lieux de travail, dont le plomb fait partie.
Conclusion
Le rapport WES 2023 de l’EU-OSHA dresse un constat clair : les expositions à l’amiante et au plomb sont encore une réalité quotidienne pour de nombreux travailleurs européens. Si les réglementations ont permis des avancées notables, le risque persiste, notamment dans les secteurs anciens, les chantiers de rénovation et les industries du recyclage. Le renforcement de la prévention, de la formation, du repérage préalable et des contrôles est indispensable pour lutter efficacement contre les cancers professionnels.
Source : EU-OSHA, Occupational cancer: overview of exposure to risk factors in Europe – Summary of findings from the WES, décembre 2025
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