Particules minérales allongées : les scientifiques remettent en question la classification actuelle

Une équipe de chercheurs français vient de publier une étude majeure sur l’identification des particules minérales allongées (EMP) présentes dans les tissus pulmonaires de travailleurs exposés à des poussières minérales. Cette recherche apporte un éclairage inédit sur les fragments de clivage non asbestiformes et leur possible implication dans les pathologies pulmonaires traditionnellement associées à l’amiante. L’étude propose une nouvelle méthode analytique permettant de distinguer avec précision les fibres d’amiante réglementées des autres particules minérales allongées, notamment certaines amphiboles non réglementées.

Le 22 mai 2026

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Amphiboles réglementées et non réglementées : une nouvelle méthode pour identifier les particules minérales dans les poumons

Temps de lecture estimé : 7 minutes – Catégorie : Innovation / Recherche scientifique / Santé au travail

Une équipe de chercheurs français, menée par Maxime Misseri, avec notamment Jean-Claude Pairon, Laurent Martinon, Karine Beugnon, Patrick Bontemps et Catherine Verdun-Esquer, vient de publier une étude majeure sur l’identification des particules minérales allongées (PMA) présentes dans les tissus pulmonaires de travailleurs exposés à des poussières minérales. Cette recherche apporte un éclairage inédit sur les fragments de clivage non asbestiformes et leur possible implication dans les pathologies pulmonaires traditionnellement associées à l’amiante.

L’étude, publiée en mai 2026 dans la revue Ecotoxicology and Environmental Safety, propose une nouvelle méthode analytique permettant de distinguer avec précision les fibres d’amiante réglementées des autres particules minérales allongées, notamment certaines amphiboles non réglementées.

Une problématique sanitaire encore mal comprise

Les effets sanitaires des fibres d’amiante asbestiformes sont bien établis : mésothéliome, cancers broncho-pulmonaires, asbestose ou plaques pleurales. En revanche, le rôle des fragments de clivage issus d’amphiboles non asbestiformes reste encore débattu.

Ces particules peuvent être rencontrées dans de nombreux secteurs :

  • mines et carrières,
  • travaux publics,
  • bâtiment,
  • agriculture,
  • terrassement,
  • démolition.

Les chercheurs rappellent que ces particules, lorsqu’elles présentent un rapport longueur/largeur élevé, peuvent être inhalées profondément dans les voies respiratoires et persister durablement dans les poumons.

Une nouvelle méthode d’analyse des charges pulmonaires minérales

L’étude a porté sur 25 patients, dont :

  • 20 atteints d’un cancer pulmonaire,
  • 5 souffrant d’autres pathologies pulmonaires liées à l’amiante.

Tous présentaient une concentration élevée de corps asbestosiques dans les tissus pulmonaires, supérieure au seuil de 1000 corps asbestosiques par gramme de tissu sec.

Les chercheurs ont développé un protocole innovant associant :

  • dissolution partielle des revêtements ferrugineux des corps asbestosiques,
  • microscopie électronique à transmission (MET/TEM),
  • analyses chimiques et cristallographiques,
  • caractérisation morphologique avancée des particules.

Cette approche permet d’identifier non seulement la nature chimique des particules, mais aussi leur mode de formation géologique et leur morphologie d’origine.

Une classification beaucoup plus fine des particules

L’un des apports majeurs de cette étude réside dans la proposition d’une nouvelle classification des particules amphiboliques

FRAG : Fragments de clivage issus d’amphiboles non altérées.

DSG : Fragments provenant d’amphiboles altérées par circulation hydrothermale.

BPAM : Particules provenant de la base des minéraux asbestiformes.

APAM : Particules provenant de la partie apicale des minéraux asbestiformes.

Selon les auteurs, cette classification permettrait de mieux comprendre les différences de toxicité, notamment en fonction :

  • des surfaces de fracture,
  • de l’état d’altération,
  • de la présence de couches siliceuses amorphes,
  • de la biopersistance des particules.

Des amphiboles non réglementées retrouvées dans les poumons

Les résultats sont particulièrement marquants.

Parmi les 376 particules amphiboliques analysées :

  • 252 étaient asbestiformes,
  • 119 étaient des fragments de clivage,
  • 5 sont restées indéterminées.

Les chercheurs ont identifié :

Amphiboles réglementées

  • Amosite
  • Crocidolite
  • Trémolite
  • Actinolite
  • Anthophyllite

 

Amphiboles non réglementées

  • Ferro-actinolite
  • Édenite
  • Magnésio-hornblende
  • Magnésio-ferri-hornblende
  • Magnésio-riebeckite

Fait notable : les amphiboles non réglementées représentent environ 38 % des amphiboles détectées dans les échantillons pulmonaires étudiés.

Des corps ferrugineux formés autour de fragments non asbestiformes

L’étude met également en évidence la présence de corps ferrugineux non asbestosiques (CFNA) formés autour de fragments de clivage non asbestiformes.

Jusqu’à présent, les corps ferrugineux pulmonaires étaient principalement interprétés comme des marqueurs d’exposition à l’amiante réglementé. Cette découverte suggère que certaines particules non réglementées pourraient également induire des réactions biologiques similaires.

Une toxicité potentiellement sous-estimée

Les auteurs soulignent que plusieurs travaux récents montrent que certains fragments de clivage peuvent provoquer :

  • stress oxydatif,
  • lésions de l’ADN,
  • inflammation pulmonaire,
  • effets fibrogènes.

Même si les fibres asbestiformes semblent conserver un potentiel cancérogène supérieur à long terme, les chercheurs estiment que la distinction binaire classique entre « amiante » et « non amiante » pourrait être insuffisante pour évaluer correctement les risques sanitaires réels.

Vers une évolution des approches réglementaires ?

Cette étude pourrait relancer les discussions sur la prise en compte des particules minérales allongées non réglementées dans :

  • les évaluations de risque,
  • les études toxicologiques,
  • les diagnostics environnementaux,
  • les politiques de prévention en milieu professionnel.

Les auteurs appellent à développer de nouvelles études sur des cohortes plus larges afin de mieux caractériser les expositions professionnelles aux amphiboles naturelles non réglementées.

Dans un contexte où de nombreux chantiers de terrassement, carrières ou travaux publics rencontrent des problématiques d’actinolite ou d’autres amphiboles naturelles, ces résultats pourraient avoir des implications importantes pour les acteurs de la prévention et du diagnostic.

Ce qu’il faut retenir

Cette publication marque une étape importante dans la compréhension des particules minérales allongées présentes dans les poumons des travailleurs exposés.

Les principaux enseignements sont :

  • les amphiboles non réglementées sont fréquemment retrouvées dans les tissus pulmonaires ;
  • certains fragments de clivage peuvent présenter des caractéristiques proches des fibres d’amiante ;
  • une approche uniquement basée sur la réglementation actuelle pourrait ne pas refléter toute la complexité des risques sanitaires ;
  • de nouvelles méthodes d’identification permettent désormais une caractérisation beaucoup plus fine des particules inhalées.

Sources

Pour en savoir plus et bénéficier de notre veille réglementaire et normative, nous consulter.

 

2026 05 Etude France Amiante

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