Exposition à l’amiante : l’INRS identifie plus de 3 200 combinaisons de processus
L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a établi, en juin 2026, un nouveau rapport d’activité consacré aux mesures d’exposition professionnelle aux fibres d’amiante, réalisées entre juillet 2012 et décembre 2025. Fondée sur l’exploitation de la base de données Scola, cette étude rassemble plus de 528 000 résultats de mesures, permettant de mieux caractériser les niveaux d’empoussièrement rencontrés lors des travaux de retrait d’amiante (sous-section 3 – SS3) et des interventions sur des matériaux susceptibles de provoquer l’émission de fibres d’amiante (sous-section 4 – SS4). Les résultats mettent notamment en évidence la grande variabilité des concentrations mesurées, l'importance des méthodes de travail et des moyens de prévention, ainsi que des marges de progression dans la caractérisation des expositions.
Le 26 octobre 2026
Amiante : plus de 528 000 mesures analysées par l’INRS pour mieux comprendre les niveaux d’empoussièrement sur les chantiers
Catégorie : Technique – Prévention du risque amiante
Temps de lecture estimé : 6 minutes
L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a établi, en juin 2026, un nouveau rapport d’activité consacré aux mesures d’exposition professionnelle aux fibres d’amiante, réalisées entre juillet 2012 et décembre 2025.
Fondée sur l’exploitation de la base de données Scola, cette étude rassemble plus de 528 000 résultats de mesures, permettant de mieux caractériser les niveaux d’empoussièrement rencontrés lors des travaux de retrait d’amiante (sous-section 3 – SS3) et des interventions sur des matériaux susceptibles de provoquer l’émission de fibres d’amiante (sous-section 4 – SS4).
Les résultats mettent notamment en évidence la grande variabilité des concentrations mesurées, l'importance des méthodes de travail et des moyens de prévention, ainsi que des marges de progression dans la caractérisation des expositions.
Plus de 528 000 mesures d’empoussièrement enregistrées entre 2012 et 2025
Le rapport repose sur les mesures réalisées entre le 1er juillet 2012 et le 31 décembre 2025, saisies et validées dans Scola jusqu’au 8 juin 2026.
La base rassemble :
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528 979 résultats de mesures d’empoussièrement aux fibres d’amiante ;
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401 074 dossiers d’intervention ;
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8 409 établissements concernés ;
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138 organismes ayant enregistré des dossiers, représentant 234 sites géographiques.
Ces données proviennent des contrôles réglementaires effectués par les organismes accrédités, avec analyse des fibres par microscopie électronique à transmission analytique (META).
Les opérations de retrait et d’encapsulage relevant de la SS3 représentent 92 % des mesures, contre seulement 8 % pour les interventions SS4.
Cette répartition doit être prise en compte pour interpréter les résultats : les opérations de désamiantage sont très largement représentées, alors que les interventions ponctuelles, notamment celles réalisées par les entreprises de maintenance ou du bâtiment, sont proportionnellement moins documentées.
Des niveaux d’empoussièrement extrêmement variables
Après application des critères de sélection méthodologique, l’INRS retient 253 630 résultats exploitables, soit 47,9 % de l’ensemble des mesures enregistrées.
Les résultats sont très dispersés, avec des concentrations allant de moins de 0,001 fibre par litre à plus de 204 000 fibres par litre.
Les principaux indicateurs statistiques sont les suivants :
| Indicateur | Concentration |
|---|---|
| Moyenne arithmétique | 221,7 fibres/L |
| Médiane | 8 fibres/L |
| 75e percentile | 44 fibres/L |
| 95e percentile | 617,3 fibres/L |
| Maximum | 204 274 fibres/L |
La médiane de 8 fibres par litre signifie que la moitié des mesures retenues présentent une concentration inférieure ou égale à cette valeur.
À l’inverse, les valeurs extrêmes démontrent que certaines opérations peuvent générer des empoussièrements particulièrement importants.
Ces résultats concernent les concentrations mesurées à l’extérieur des appareils de protection respiratoire. Ils ne correspondent donc pas directement aux concentrations inhalées par les travailleurs équipés d'une protection respiratoire.
La moyenne globale ne doit pas non plus être considérée comme représentative d'un processus particulier : les matériaux, les techniques utilisées et les protections collectives influencent fortement les niveaux mesurés.
Plus de 3 200 combinaisons de processus caractérisées
L’un des principaux intérêts du rapport réside dans l’analyse des processus de travail.
Un processus est défini par l’association de plusieurs paramètres :
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L’activité réalisée : retrait, encapsulage ou intervention ;
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La nature du matériau contenant de l’amiante ;
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La technique employée ;
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Les moyens de travail à l’humide ;
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Les dispositifs de captage des poussières à la source.
L’INRS a pu caractériser 3 287 combinaisons, dont 2 532 en SS3 et 755 en SS4.
L’étude classe ces combinaisons selon leurs niveaux d’empoussièrement, déterminés à partir des données statistiques et notamment du 95e percentile.
Répartition des processus par niveau d’empoussièrement
| Niveau d’empoussièrement | SS3 | SS4 |
|---|---|---|
| Niveau 1 : moins de 100 fibres/L | 22,5 % | 61,5 % |
| Niveau 2 : de 100 à moins de 6 000 fibres/L | 69 % | 37 % |
| Niveau 3 : de 6 000 à moins de 25 000 fibres/L | 7,5 % | 1,5 % |
| Supérieur au niveau 3 : 25 000 fibres/L et plus | 1 % | 0 % |
Les pourcentages sont arrondis et concernent les combinaisons de processus caractérisées, et non la proportion de chantiers ou de salariés exposés.
Ces résultats montrent que les processus de niveau 1 sont proportionnellement plus nombreux en SS4, tandis que les processus de niveau 2 dominent largement en SS3.
Les processus présentant les niveaux les plus élevés sont majoritairement observés dans les opérations de retrait ou d’encapsulage.
Par rapport au précédent rapport, l’INRS constate une augmentation de la proportion de combinaisons classées aux niveaux 1 et 3, tandis que la proportion des combinaisons de niveau 2 diminue.
Cette évolution ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure à une amélioration ou à une dégradation générale des conditions de travail. Elle peut également traduire l’évolution des processus documentés et l’enrichissement de la base de données.
Quels matériaux et quelles techniques sont les plus représentés ?
Deux grandes familles de matériaux concentrent près de 30 % des mesures :
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Les éléments de toiture et bardage, notamment les plaques planes ou ondulées, tuiles et ardoises ;
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Les revêtements de sols souples, notamment les dalles et les revêtements en lés.
D’autres matériaux sont également très représentés, parmi lesquels les mortiers et colles de carrelage, les colles bitumineuses, les mastics d’étanchéité et les canalisations en amiante-ciment.
Concernant les techniques de travail, quatre catégories totalisent environ 60 % des mesures :
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La dépose par le dessus, le désemboîtage et la déconstruction ;
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Le cassage manuel, le burinage et le piquage ;
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Le nettoyage, le ramassage, la manutention et le conditionnement des déchets amiantés ;
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La dépose par le dessous, le désemboîtage et la déconstruction.
Ces chiffres traduisent la fréquence des contrôles réalisés pour ces opérations. Ils ne constituent pas un classement des techniques les plus dangereuses.
L'analyse détaillée des annexes permet en revanche de comparer des processus associant des matériaux, des techniques et des moyens de prévention différents.
Travail à l’humide et aspiration : des pratiques de prévention encore inégalement utilisées
L’étude fournit également des informations sur les moyens de protection collective associés aux opérations mesurées.
Le travail à l’humide
L’humidification des matériaux par pulvérisation seule est la technique la plus fréquemment renseignée, représentant 47,6 % des situations.
L’association d’une pulvérisation des matériaux avec une brumisation ou une nébulisation représente 12,8 % des situations.
Cependant, 25,9 % des situations enregistrées ne comportent aucun travail à l’humide.
Le captage des poussières à la source
L’aspiration à la source avec un dispositif équipé d’un filtre à très haute efficacité (THE) est utilisée dans 33,6 % des situations.
En revanche, 61,1 % des situations sont enregistrées sans captage localisé.
Ces résultats appellent une lecture nuancée. L’absence de travail à l’humide ou de captage localisé ne constitue pas systématiquement une non-conformité : la pertinence de ces protections dépend notamment de la technique et du matériau concernés.
Ils rappellent néanmoins l’importance d'une évaluation préalable du risque adaptée à chaque processus, afin de déterminer les moyens de prévention les plus appropriés.
Les données disponibles ne permettent pas d'établir, à partir de ces seuls pourcentages, un lien causal entre l'utilisation d'une protection collective et un niveau d'empoussièrement.
Protection respiratoire : 3 % des situations avec une protection absente ou inadaptée
Le rapport indique que, dans 95 % des mesures, les travailleurs portaient une protection respiratoire individuelle adaptée.
Toutefois, 3 % des situations concernaient des travailleurs ne portant pas de protection respiratoire ou disposant d'un équipement considéré comme inadapté.
Les 2 % restants correspondent à des situations pour lesquelles cette information n'était pas renseignée.
Si la grande majorité des situations contrôlées présente donc une protection respiratoire adaptée, ces résultats montrent la nécessité de maintenir une vigilance sur :
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Le choix de l’appareil de protection respiratoire en fonction du niveau d’empoussièrement ;
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L’adéquation entre le matériel et les conditions réelles d’intervention ;
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La formation des travailleurs et le respect des procédures d’utilisation ;
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La vérification et l’entretien des équipements.
La protection respiratoire individuelle ne peut se substituer à une démarche de réduction de l’émission et de dispersion des fibres à la source.
Repérage amiante avant travaux : 16 % des mesures associées à une absence de repérage
Le rapport présente également des informations sur la réalisation du repérage amiante avant travaux (RAAT).
Depuis le 1er janvier 2018, les organismes doivent renseigner dans Scola les informations relatives à l’existence d’un repérage préalable et à ses conclusions.
Sur l’ensemble de la période étudiée :
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49 % des mesures sont associées à un repérage ayant identifié de l’amiante dans le matériau ;
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16 % des mesures correspondent à des situations sans repérage préalable renseigné comme réalisé ;
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1 % des mesures concerne des opérations pour lesquelles le repérage n’avait pas mis en évidence d’amiante ;
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34 % des mesures sont antérieures à la mise en place de cette codification et ne disposent pas de l’information.
Le constat relatif aux 16 % de mesures réalisées dans des situations sans repérage mérite une attention particulière.
Il ne signifie pas que 16 % des chantiers français sont engagés sans RAAT, ni que toutes les situations concernées constituent une infraction réglementaire. Les chiffres portent uniquement sur les mesures enregistrées dans Scola.
Ils soulignent néanmoins l'importance de disposer d'une information fiable sur la présence d'amiante avant toute intervention susceptible de perturber des matériaux.
Le repérage constitue une étape essentielle pour identifier les matériaux concernés, préparer les interventions, choisir les techniques appropriées et organiser la prévention de l’exposition des travailleurs.
Une base de données précieuse, mais des limites à prendre en compte
L’INRS souligne que 52,1 % des mesures initialement enregistrées ont été écartées de l’analyse statistique des niveaux d’empoussièrement, en raison des critères méthodologiques retenus.
Cette proportion, bien qu'encore importante, diminue par rapport au précédent rapport.
Les améliorations apportées à la codification de Scola depuis 2018, notamment sur le repérage préalable et la nature des fibres, contribuent à améliorer l'exploitation des résultats.
Autre enseignement : 48,7 % de l'ensemble des mesures n'ont pas révélé de fibres identifiées comme étant de l'amiante.
Ce résultat ne signifie pas que les matériaux concernés étaient nécessairement exempts d'amiante. Il traduit l'absence de fibres d'amiante identifiées dans les prélèvements d'air analysés, dans les conditions de mesure considérées.
Par ailleurs, les mesures enregistrées dans Scola résultent de contrôles réalisés dans des conditions particulières. Elles ne peuvent donc pas être considérées comme statistiquement représentatives de toutes les situations professionnelles rencontrées en France.
Ces précautions sont indispensables pour éviter toute généralisation abusive des conclusions.
Quels enseignements pour les entreprises intervenant en SS3 et SS4 ?
Ce rapport constitue une ressource particulièrement intéressante pour les entreprises confrontées au risque amiante.
Il confirme trois enjeux majeurs.
Premier enjeu : caractériser précisément les processus de travail.
Les niveaux d’empoussièrement sont extrêmement variables. L'identification du matériau et de la technique ne suffit pas toujours : les modalités de mise en œuvre et les protections collectives doivent également être prises en compte.
Deuxième enjeu : privilégier la maîtrise des émissions à la source.
Les résultats rappellent l'intérêt d'une réflexion approfondie sur les méthodes de travail, le recours à l'humidification et les possibilités de captage des poussières.
Troisième enjeu : renforcer la qualité des évaluations d'exposition.
La proportion importante de résultats exclus de l'analyse souligne la nécessité de disposer de mesures correctement documentées, réalisées dans des conditions représentatives et accompagnées d'une description suffisamment précise des processus.
Pour les entreprises intervenant en SS4, l'amélioration de la connaissance des niveaux d'empoussièrement constitue un enjeu particulier. Bien que représentant une part minoritaire des mesures de Scola, ces interventions concernent une grande diversité de métiers et de situations.
Les données statistiques peuvent contribuer à l’évaluation a priori, mais elles ne dispensent pas l'employeur de ses obligations d'évaluation et de prévention du risque amiante.
Conclusion : mieux mesurer pour mieux prévenir
Avec plus de 528 000 résultats enregistrés sur treize années, le rapport Scola 2012-2025 de l’INRS apporte un éclairage important sur les expositions professionnelles aux fibres d’amiante.
Il montre que les niveaux d’empoussièrement dépendent fortement des processus mis en œuvre et que la maîtrise du risque nécessite une connaissance précise des matériaux, des techniques de travail et des moyens de prévention.
L’augmentation du nombre de combinaisons caractérisées, désormais supérieur à 3 200, contribue à enrichir les connaissances disponibles pour les entreprises, les préventeurs et les organismes spécialisés.
L'INRS annonce que ces résultats seront intégrés lors d'une prochaine mise à jour de l'application Scol@miante, qui permet d'accéder aux données d'empoussièrement par processus.
Au-delà des statistiques, ce rapport rappelle un principe fondamental : la prévention du risque amiante ne peut reposer sur des hypothèses générales. Elle doit s'appuyer sur une identification rigoureuse des matériaux, une caractérisation des opérations et une évaluation des expositions adaptée aux conditions réelles d'intervention.
Sources
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INRS, Extraction base de données Scola – Rapport d’activité pour la période du 1er juillet 2012 au 31 décembre 2025 – Mesures d’exposition à l’amiante META, référence L/MP/2026.157, juin 2026, 49 pages.
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Application INRS Scol@miante : https://scolamiante.inrs.fr
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