EPI amiante : protéger les voies respiratoires sans négliger la peau

Dans les activités exposant au risque amiante, les équipements de protection individuelle occupent une place essentielle. Combinaisons, gants, chaussures ou bottes et appareils de protection respiratoire sont utilisés pour limiter l’exposition des opérateurs lors des interventions. Mais ces équipements peuvent eux-mêmes être à l’origine de dermatites de contact, notamment lorsqu’ils sont portés pendant des durées prolongées.

Le 1 octobre 2026

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Amiante : les risques cutanés liés au port prolongé des EPI ne doivent pas être négligés

Temps de lecture estimé : 5 minutes — Catégorie : Santé au travail / Amiante / Prévention

Dans les activités exposant au risque amiante, les équipements de protection individuelle occupent une place essentielle. Combinaisons, gants, chaussures ou bottes et appareils de protection respiratoire sont utilisés pour limiter l’exposition des opérateurs lors des interventions.

Mais ces équipements peuvent eux-mêmes être à l’origine de dermatites de contact, notamment lorsqu’ils sont portés pendant des durées prolongées.

C’est l’un des enseignements de la nouvelle fiche d’allergologie-dermatologie professionnelle TA 107, publiée par l’INRS dans le numéro de septembre 2026 de Références en santé au travail. Ce document, qui remplace une précédente fiche publiée en 2009, analyse les dermatoses professionnelles associées aux différents équipements de protection individuelle. 

Ses conclusions présentent un intérêt direct pour les activités nécessitant le port prolongé d’EPI, notamment les travaux relevant de la prévention du risque amiante.

Les EPI peuvent eux-mêmes provoquer des atteintes cutanées

L’INRS distingue principalement deux types de réactions :

  • les dermatites irritatives de contact ;
  • les dermatites allergiques de contact.

Les urticaires de contact sont beaucoup plus rares.

Les équipements principalement concernés sont les gants, les chaussures et bottes de sécurité, mais également les vêtements de protection, casques, lunettes et appareils de protection respiratoire. Les métiers du BTP figurent notamment parmi les professions concernées par les réactions associées aux gants et aux chaussures de sécurité. 

Pour les travailleurs intervenant sur des matériaux ou produits susceptibles de contenir de l’amiante, cette question mérite donc d’être intégrée à la démarche globale de prévention.

Le port prolongé des gants : un facteur de risque important

Les gants de protection constituent l’un des principaux EPI susceptibles de provoquer des dermatites.

L’INRS rappelle que leur port prolongé, notamment lorsqu’ils sont constitués de caoutchouc ou de matières plastiques, provoque un phénomène d’occlusion et de macération. La transpiration reste emprisonnée entre la peau et le gant, ce qui fragilise progressivement la barrière cutanée. 

Le document précise que le port de gants pendant plus de deux heures par jour favorise la transpiration et peut être considéré comme un équivalent de travail en milieu humide. 

Dans les opérations liées à l’amiante, durant lesquelles les travailleurs peuvent être amenés à conserver leurs équipements pendant des périodes significatives, cette donnée doit être prise en compte dans l’organisation des interventions et dans le suivi des salariés.

Quand l’irritation favorise l’allergie

Une irritation cutanée n’est pas nécessairement anodine.

L’INRS souligne que l’altération de la barrière cutanée facilite ensuite la pénétration des allergènes et donc le phénomène de sensibilisation. Le document résume ce mécanisme par une formule particulièrement explicite : « l’irritation fait le lit de l’allergie ». 

Cela signifie qu’une irritation répétée provoquée par la chaleur, la transpiration, les frottements ou le port prolongé d’un EPI peut progressivement favoriser l’apparition d’une dermatite allergique de contact.

Dans un contexte amiante, cette question est d’autant plus importante qu’une mauvaise tolérance des EPI peut rendre leur port plus difficile et conduire à rechercher une solution de substitution.

Les composants des gants peuvent être allergisants

Au-delà de la macération et des frottements, certains composants chimiques présents dans les équipements peuvent être responsables d’allergies.

Pour les gants en caoutchouc, l’INRS identifie notamment différents accélérateurs de vulcanisation appartenant aux familles :

  • des thiurames-dithiocarbamates ;
  • des guanidines ;
  • des benzothiazoles ;
  • des thiourées.

Des biocides, notamment certaines isothiazolinones, peuvent également être présents dans les gants et provoquer des réactions allergiques. 

Un élément intéressant de cette publication concerne par ailleurs les gants présentés comme « accelerator-free ». Des analyses ont montré que certains équipements commercialisés sous cette appellation pouvaient néanmoins contenir des accélérateurs de vulcanisation ou d’autres substances potentiellement allergisantes. L’INRS souligne donc l’importance d’un étiquetage correct et d’une bonne maîtrise de la fabrication des équipements. 

Combinaisons de protection : chaleur, transpiration et composition des matériaux

Les vêtements de protection peuvent également être responsables d’atteintes cutanées.

La fiche rappelle qu’ils peuvent être constitués de textiles, textiles enduits, cuir, caoutchouc ou différentes matières plastiques. Certains équipements associent plusieurs couches et plusieurs matériaux. 

Le port prolongé de ces vêtements favorise notamment la transpiration, les frottements et l’irritation.

Des réactions allergiques peuvent également être provoquées par certains composants :

  • colorants ;
  • apprêts textiles ;
  • biocides ;
  • métaux ;
  • additifs du caoutchouc. 

Pour les interventions amiante nécessitant le port de combinaisons de protection, ces phénomènes doivent donc être connus afin de ne pas attribuer systématiquement une réaction cutanée à la seule chaleur ou à la transpiration.

Les appareils de protection respiratoire peuvent également être concernés

Les appareils de protection respiratoire constituent évidemment un élément essentiel de la protection contre l’inhalation de fibres d’amiante.

Ils peuvent néanmoins occasionner des atteintes cutanées au niveau des zones de contact avec le visage.

Selon les données présentées par l’INRS, différentes substances peuvent être responsables de dermatites de contact :

  • les additifs du caoutchouc présents dans certains élastiques ou joints ;
  • certains métaux ;
  • les composants de matières plastiques ;
  • le formaldéhyde. 

Plusieurs cas de dermatites ont notamment été associés à des éléments en mousse ou à des composants en caoutchouc présents sur certains appareils respiratoires.

Dans le domaine de l’amiante, la difficulté est particulière : une irritation ou une réaction allergique ne peut évidemment pas conduire à réduire le niveau de protection respiratoire requis. La solution doit donc être recherchée dans l’identification du composant en cause et, lorsque cela est possible, dans le choix d’un équipement différent offrant le même niveau de protection.

Attention également aux chaussures et bottes

Les chaussures et bottes professionnelles peuvent être responsables de réactions cutanées par frottement, macération ou allergie.

L’INRS identifie notamment comme principaux allergènes :

  • les sels de chrome utilisés dans le tannage du cuir ;
  • certains adhésifs ;
  • la résine p-tert-butylphénol formaldéhyde ;
  • la colophane ;
  • les additifs du caoutchouc ;
  • certains biocides. 

Le document recommande ainsi d’envisager une éventuelle allergie aux composants des chaussures ou bottes professionnelles devant l’apparition d’un eczéma des pieds. 2026 09 ta107 EPIU AMIANTE

Une vigilance particulière lors des interventions amiante

Dans les activités liées à l’amiante, la problématique est spécifique : les travailleurs cumulent souvent plusieurs équipements susceptibles de provoquer des phénomènes d’occlusion, de friction ou de transpiration :

combinaison de protection + gants + chaussures ou bottes + appareil de protection respiratoire.

La fiche de l’INRS ne fournit pas de données spécifiques aux opérateurs amiante. Il serait donc excessif d’en déduire une fréquence particulière de dermatites dans ce secteur.

Elle met néanmoins en évidence plusieurs mécanismes directement transposables aux situations rencontrées lors d’interventions nécessitant un port prolongé et simultané d’EPI.

L’enjeu est double : protéger la santé cutanée du travailleur, mais également éviter qu’une mauvaise tolérance des équipements ne conduise à une utilisation dégradée de ceux-ci.

Prévenir plutôt que subir

L’INRS rappelle un principe essentiel : la prévention collective doit toujours être envisagée avant la prévention individuelle.

La démarche de prévention passe notamment par :

  • l’identification des agents irritants et allergènes susceptibles d’entrer en contact avec la peau ;
  • leur remplacement par des substances moins dangereuses lorsque cela est possible ;
  • l’automatisation de certaines opérations ;
  • l’information et la formation des travailleurs sur les risques cutanés liés aux EPI. 

Pour les mains, des mesures simples peuvent également limiter les irritations : lavage à l’eau tiède, séchage soigneux, utilisation de produits de nettoyage doux et application régulière d’émollients adaptés. 

En cas de port prolongé de gants, et lorsque les conditions de travail le permettent, l’INRS recommande notamment l'utilisation de sous-gants en coton, changés régulièrement, afin de limiter les effets de la transpiration. Les gants non poudrés sont également à privilégier. 

Dans le risque amiante, l’efficacité de l’EPI reste la priorité

Les conclusions de cette fiche ne doivent évidemment pas conduire à remettre en cause le port des équipements nécessaires à la protection contre l’amiante.

Elles invitent plutôt à intégrer un paramètre supplémentaire dans la prévention : un EPI efficace doit également pouvoir être porté dans de bonnes conditions pendant toute la durée nécessaire à l’intervention.

Lorsqu'une irritation, un eczéma ou une autre réaction cutanée apparaît, il convient donc de rechercher rapidement son origine afin d’éviter que la situation ne s’aggrave.

Dans le domaine de l’amiante, le remplacement éventuel d’un équipement doit toujours être réalisé en conservant un niveau de protection adapté au risque, notamment en ce qui concerne les appareils de protection respiratoire, les vêtements et les gants.

Au-delà du simple choix initial de l’EPI, cette publication rappelle ainsi l’intérêt d’une démarche continue : choix adapté, bonne utilisation, entretien, surveillance de la tolérance cutanée et remplacement approprié lorsque cela est nécessaire.

Source : INRS – M.N. Crépy, Dermatites de contact professionnelles aux équipements de protection individuelle (EPI), fiche d’allergologie-dermatologie professionnelle TA 107, Références en santé au travail, n° 187, septembre 2026. Cette fiche annule et remplace la fiche TA 81 publiée en 2009. 

Pour en savoir plus et bénéficier de notre veille réglementaire et normative, nous consulter.

2026 09 INRS EPI AMIANTE

 

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