Les Pays-Bas alertent sur les fibres d’amiante invisibles au microscope optique
L’Institut national néerlandais de la santé publique et de l’environnement (RIVM) a publié, le 11 décembre 2025, une note de synthèse actualisant les connaissances sur les fibres d’amiante ultrafines, définies par un diamètre inférieur ou égal à 0,2 µm. Ce travail fait suite à une commande du Ministère des Affaires sociales et de l’Emploi (SZW) des Pays-Bas, dans le contexte de la révision récente de la Directive européenne 2009/148/CE modifiée en 2023 (Directive (UE) 2023/2668).
Le 23 janvier 2026
Risque sanitaire des fibres d’amiante ultrafines : un état des connaissances actualisé aux Pays-Bas
Temps de lecture : 6 min – Catégorie : réglementation, technique
L’Institut national néerlandais de la santé publique et de l’environnement (RIVM) a publié, le 11 décembre 2025, une note de synthèse actualisant les connaissances sur les fibres d’amiante ultrafines, définies par un diamètre inférieur ou égal à 0,2 µm. Ce travail fait suite à une commande du Ministère des Affaires sociales et de l’Emploi (SZW) des Pays-Bas, dans le contexte de la révision récente de la Directive européenne 2009/148/CE modifiée en 2023 (Directive (UE) 2023/2668).
Contexte réglementaire et scientifique
Depuis longtemps, il est reconnu que l’amiante provoque des cancers (mésothéliome, cancer du poumon, cancer de l’ovaire), ainsi que d’autres pathologies respiratoires. La dangerosité de ces fibres dépend de leur taille, notamment leur diamètre et leur longueur, facteurs qui influencent la persistance biologique, la pénétration pulmonaire et la translocation vers d’autres tissus (plèvre, péritoine, etc.).
Les valeurs limites réglementaires néerlandaises reposent encore sur le comptage des fibres visibles en microscopie optique à contraste de phase (MOCP), qui ne détecte pas les fibres inférieur à 0,2 µm. Or, ces fibres ultrafines, potentiellement plus dangereuses, échappent au comptage réglementaire actuel, ce qui a conduit à l’adoption de la microscopie électronique (MET, MEB) dans certains pays (comme la France par exemple), permettant une détection jusqu’à 0,01 µm.
Objectifs de l’étude
La note du RIVM visait à répondre à la question suivante :
"Que nous apprennent les études scientifiques publiées depuis 2010 sur les risques sanitaires associés aux fibres d’amiante ultrafines ?"
Résultats des études analysées
Dix études scientifiques ont été retenues entre 2010 et 2024, réparties comme suit :
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4 études épidémiologiques (principalement sur des ouvriers du textile aux États-Unis)
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4 études de modélisation (analyse statistique des liens entre dimensions des fibres et cancérogénicité)
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2 études pathologiques (analyse de fibres présentes dans les tissus pulmonaires humains)
Études épidémiologiques
Ces travaux montrent que les fibres les plus fines (<0,25 µm) étaient fortement associées à la mortalité par cancer du poumon, notamment chez les travailleurs exposés au chrysotile. Les fibres ultrafines représentaient jusqu’à 79 % du total des fibres détectées dans l'air (via MET), contre des niveaux 16 fois moindres par la méthode MOCP.
Études pathologiques
Dans les tissus pulmonaires examinés, la majorité des fibres retrouvées chez les patients atteints de mésothéliome ou d’asbestose étaient courtes et fines, les fibres répondant aux critères "réglementaires" ne représentant qu’environ 20 % des fibres détectées.
Études de modélisation
Les travaux les plus récents (Wylie & Korchevskiy, 2023) démontrent que le diamètre des fibres est un meilleur prédicteur de la cancérogénicité que leur longueur, notamment pour les fibres ≤ 0,15 µm, en lien avec le risque de mésothéliome.
Une fibre deux fois plus épaisse verrait sa toxicité divisée par huit.
Limites et recommandations
Malgré ces résultats concordants, les preuves restent jugées insuffisantes pour quantifier précisément le risque.
Plusieurs facteurs limitent la portée des conclusions :
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forte corrélation statistique entre les tailles de fibres, empêchant d’isoler l'effet propre du diamètre ou de la longueur,
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absence de données représentatives d’autres secteurs que l’industrie textile,
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absence de prise en compte du tabagisme, facteur de confusion majeur pour le cancer du poumon.
Le RIVM recommande donc :
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de poursuivre les recherches sur les fibres ultrafines,
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de réévaluer les valeurs limites d’exposition, aujourd’hui fixées aux Pays-Bas à 2 fibres/litre,
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et de favoriser la transition vers la microscopie électronique, comme le prévoit désormais la directive européenne.
Sources :
-
RIVM – Health risks associated with ultrafine (d ≤ 0.2 µm) asbestos fibres – state of knowledge, 11 décembre 2025
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Directive (UE) 2023/2668, Journal officiel de l’UE, 22 novembre 2023
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