Amiante : des dizaines de millions de tonnes encore en place dans les bâtiments et infrastructures
L’ADEME publie un ensemble de documents consacrés à la gestion des déchets amiantés en France. Ces travaux offrent une photographie particulièrement complète de la filière : gisements d’amiante encore en place, flux de déchets, réglementation, capacités de stockage, coûts, disparités territoriales, gestion irrégulière et solutions alternatives à l’enfouissement.
Le 25 septembre 2026
Déchets amiantés en France : l’ADEME dresse un état des lieux complet et anticipe une hausse des volumes à gérer
Temps de lecture estimé : 9 minutes — Catégorie : réglementation, technique et prospective
L’ADEME publie un ensemble de documents consacrés à la gestion des déchets amiantés en France : un rapport détaillé, sa synthèse, une fiche technique et une infographie présentant les principaux chiffres à retenir. Ces travaux offrent une photographie particulièrement complète de la filière : gisements d’amiante encore en place, flux de déchets, réglementation, capacités de stockage, coûts, disparités territoriales, gestion irrégulière et solutions alternatives à l’enfouissement.
Le constat central est clair : malgré l’interdiction de l’amiante en France depuis 1997, plusieurs dizaines de millions de tonnes de matériaux contenant de l’amiante restent présentes dans les bâtiments et les infrastructures. Leur retrait progressif devrait continuer à alimenter durablement les filières de gestion des déchets amiantés.
775 390 tonnes de déchets amiantés traitées en France en 2024
Les données issues de Trackdéchets apportent désormais une vision beaucoup plus précise des flux réellement pris en charge.
En 2024, 775 390 tonnes de déchets amiantés ont été traitées en France, contre 712 244 tonnes en 2023, soit une progression de 9 % en un an. Plus de 99,5 % des déchets sont dirigés vers des installations de stockage, la vitrification ne représentant qu'entre 0,2 et 0,4 % des tonnages.
L'infographie publiée avec l'étude retient ainsi trois chiffres particulièrement significatifs : 775 390 tonnes traitées en 2024, +9 % par rapport à 2023 et 75 installations de stockage acceptant de l'amiante, dont 13 ISDD et 62 ISDND.
Les cinq principaux flux recensés en 2024 sont :
- les terres, avec 303 320 tonnes ;
- les couvertures et bardages en fibrociment, avec 130 900 tonnes ;
- les éléments routiers, avec 73 200 tonnes ;
- les autres matériaux en fibrociment, avec 57 100 tonnes ;
- les autres déchets du bâtiment, avec 55 200 tonnes.
L'analyse des codes NAF des producteurs montre par ailleurs que le secteur du bâtiment représente plus de 80 % des tonnages de déchets amiantés traités.
Des dizaines de millions de tonnes d'amiante restent encore en place
L'un des apports majeurs de l'étude consiste à distinguer le gisement, c'est-à-dire les matériaux contenant encore de l'amiante dans les bâtiments, équipements ou infrastructures, du flux de déchets, qui correspond aux tonnages effectivement retirés et pris en charge chaque année.
Dans le secteur du bâti collectif, industriel et individuel, le gisement est évalué entre 24 et 50 millions de tonnes. Le bâti agricole représenterait à lui seul environ 9,4 millions de tonnes, principalement sous forme de fibrociment.
Les infrastructures constituent l'autre grand réservoir de futurs déchets. Les réseaux d'eau potable représenteraient entre 3 et 6 millions de tonnes et les réseaux d'assainissement entre 16 et 48 millions de tonnes de canalisations en amiante-ciment. À cela s'ajoute environ 1,6 million de tonnes d'agrégats routiers contenant de l'amiante dispersés dans le réseau routier.
Les documents de l'ADEME identifient donc trois principaux secteurs susceptibles de générer durablement des déchets : le bâti, les canalisations et les chaussées. Les terres polluées pourraient également constituer un gisement important, mais celui-ci reste actuellement très difficile à quantifier.
L'ADEME insiste cependant sur les limites des estimations : dans de nombreux secteurs, les données disponibles restent lacunaires, ce qui impose de travailler à partir d'hypothèses. Les chiffres doivent donc avant tout permettre d'identifier les principaux enjeux plutôt que d'établir un inventaire exhaustif.
Un cadre réglementaire particulièrement encadré
Les déchets contenant de l'amiante sont des déchets dangereux et leur gestion est réglementée à chaque étape.
Le dispositif couvre notamment le repérage avant travaux, le conditionnement, l'étiquetage, la collecte, le transit, le transport, les transferts transfrontaliers, l'élimination et la traçabilité.
Depuis le 1er janvier 2022, les Bordereaux de Suivi des Déchets d'Amiante (BSDA) doivent être dématérialisés au moyen de Trackdéchets. Cette évolution explique en grande partie l'amélioration considérable de la connaissance statistique des flux.
Le repérage avant travaux a également progressivement été étendu à plusieurs domaines : immeubles bâtis, navires, matériel ferroviaire, aéronefs, installations industrielles, infrastructures de transport, réseaux et ouvrages de génie civil. Pour les chaussées notamment, l'étude rappelle une obligation de repérage à compter du 1er juillet 2026.
La REP Produits et Matériaux de Construction du secteur du Bâtiment (PMCB) intervient également dans la gestion de certains déchets d'amiante. Son déploiement a débuté en 2023, notamment avec l'objectif d'améliorer la collecte et de réduire les dépôts sauvages. Face aux difficultés de mise en œuvre, une refondation de la filière REP PMCB a été engagée en 2025.
Une forte disparité territoriale dans la gestion des déchets amiantés
Les capacités de traitement sont loin d'être réparties uniformément sur le territoire.
L'étude recense 13 Installations de Stockage de Déchets Dangereux (ISDD) susceptibles de recevoir de l'amiante, dont seulement deux sont situées au sud de l'axe La Rochelle-Dijon. À celles-ci s'ajoutent 62 ISDND disposant de casiers adaptés aux déchets amiantés.
La Provence-Alpes-Côte d'Azur ne dispose d'aucun exutoire de traitement ou d'élimination recensé dans l'étude. Dans les DROM, seule La Réunion dispose d'une installation ayant traité des déchets amiantés en 2023 et 2024.
À l'inverse, certains territoires accueillent beaucoup plus de déchets qu'ils n'en produisent. Les Pays de la Loire et la Bourgogne-Franche-Comté figurent ainsi parmi les régions jouant un rôle important dans l'accueil de flux provenant d'autres territoires.
L'Île-de-France occupe quant à elle une place particulière : elle représentait 43 % des déchets amiantés produits en France en 2024 et a traité environ 304 500 tonnes, soit 39 % du total national.
L'accès à une solution de collecte reste difficile pour de nombreux particuliers
La question des petites quantités de déchets constitue l'un des principaux points de fragilité identifiés.
Selon le recensement réalisé dans le cadre de l'étude, 61 % des EPCI ne fournissent aucune information en ligne aux particuliers sur une solution de collecte de l'amiante.
Parmi les collectivités proposant une solution identifiée, 20 % organisent des collectes occasionnelles en déchèterie, 5 % une collecte permanente et seulement 1 % un service de collecte à domicile sur rendez-vous. Huit pour cent orientent les particuliers vers un prestataire extérieur.
Cette absence d'offre homogène sur le territoire constitue un enjeu important, notamment pour les propriétaires confrontés à quelques plaques en fibrociment ou à de faibles volumes de matériaux amiantés.
Combien coûte la gestion d'un déchet amianté ?
L'étude montre que le traitement final du déchet n'est pas nécessairement la principale composante financière d'une opération.
Les repérages et les travaux de désamiantage constituent les principaux coûts.
Pour des déchets tels que le fibrociment, les terres ou les enrobés, le stockage est estimé entre 50 et 200 euros HT par tonne, avec des prix le plus souvent compris entre 90 et 130 euros HT par tonne.
Pour les déchets de faible densité, tels que certains équipements de protection individuelle ou des laines minérales, les coûts peuvent atteindre 500 à 700 euros HT par tonne.
La vitrification se situe dans une toute autre gamme, puisque le traitement peut atteindre 4 000 euros HT par tonne.
Le transport représente généralement environ 5 à 15 % du coût d'une opération de désamiantage dans l'Hexagone. Dans les DROM-COM, compte tenu notamment du transport maritime et du faible nombre d'exutoires, sa part peut atteindre 25 à 35 %.
Entre 65 000 et 232 000 tonnes pourraient échapper chaque année aux filières régulières
Le rapport consacre également une partie importante aux filières irrégulières de gestion des déchets amiantés.
Les pratiques observées sont diverses : dépôts sauvages, élimination dans des installations non prévues à cet effet, enfouissements irréguliers ou mauvaise orientation des déchets. Les causes peuvent aller de la méconnaissance des règles à des comportements délibérés, voire à certaines formes d'organisation criminelle.
Selon les estimations reprises dans le rapport final, les déchets amiantés présents chaque année dans les dépôts et décharges illégales pourraient représenter entre 65 000 et 232 000 tonnes. Cette fourchette très large traduit également la difficulté à quantifier des flux qui échappent, par définition, aux systèmes classiques de traçabilité.
L'amélioration des solutions offertes aux particuliers et aux producteurs occasionnels apparaît donc également comme un levier de lutte contre ces pratiques.
Des capacités de stockage qui pourraient devenir un enjeu avant 2030
La capacité restante des installations de stockage françaises était estimée dans l'étude entre 11,5 et 13,7 millions de tonnes en juin 2025.
Parallèlement, les auteurs observent une tendance à l'augmentation des tonnages de déchets amiantés, qui resterait toutefois inférieure à 10 % par an selon les perspectives retenues.
La confrontation des futurs tonnages avec les capacités recensées conduit l'étude à évoquer un risque de saturation des capacités disponibles avant 2030.
Ce résultat doit cependant être interprété avec prudence : les calculs ne prennent pas en compte les extensions futures d'installations, les renouvellements d'autorisation ou la création de nouvelles capacités. Il ne constitue donc pas une date certaine de saturation, mais met en évidence la nécessité d'anticiper l'évolution du parc d'installations.
Quelles alternatives à l'enfouissement de l'amiante ?
Aujourd'hui, le stockage reste ultra-majoritaire. La fiche technique estime sa part à 99,6 % des déchets amiantés traités en 2024.
La vitrification constitue actuellement la principale alternative opérationnelle à l'enfouissement en France, avec une installation dédiée. Son coût demeure toutefois très supérieur à celui du stockage.
L'étude examine également le développement de procédés thermochimiques et d'autres techniques susceptibles de détruire la structure fibreuse de l'amiante. Plusieurs projets sont encore en phase de développement ou de montée en maturité industrielle.
L'enjeu des prochaines années ne repose donc probablement pas sur une seule technologie, mais sur la combinaison de plusieurs leviers : maintien et développement des capacités de stockage, alternatives à l'enfouissement, amélioration du maillage territorial, solutions adaptées aux petits volumes et amélioration des données de suivi.
Une filière appelée à rester stratégique pendant plusieurs décennies
Les quatre documents publiés par l'ADEME montrent que la problématique des déchets amiantés est loin d'être résolue par l'interdiction du matériau en 1997.
L'amiante encore présent dans les bâtiments, les réseaux et les infrastructures constitue un héritage qui devra être géré pendant plusieurs décennies. Les politiques de rénovation du parc immobilier peuvent même accélérer temporairement la production de déchets.
La généralisation de Trackdéchets apporte aujourd'hui une connaissance beaucoup plus précise des flux réguliers. Les prochaines étapes concernent principalement la connaissance des gisements encore en place, la prise en charge des petits producteurs, la lutte contre les dépôts illégaux, le rééquilibrage territorial des capacités et le développement de solutions de traitement complémentaires au stockage.
Pour les maîtres d'ouvrage, diagnostiqueurs, entreprises de désamiantage, exploitants d'installations et collectivités, cette étude constitue ainsi une référence pour comprendre les évolutions à venir de la filière française des déchets amiantés.
Sources
ADEME / ECOGEOS / CIDER ENGINEERING, Gestion des déchets amiantés – État des lieux de la gestion des déchets amiantés en France et vision prospective – Rapport final, septembre 2026.
ADEME / ECOGEOS, Gestion des déchets amiantés – État des lieux de la gestion des déchets amiantés en France et vision prospective – Synthèse, septembre 2026.
ADEME / ECOGEOS, Fiche technique déchets amiantés – Déchets amiantés : réglementation, risque et solutions. La couverture fournie est datée septembre 2026, tandis que la citation bibliographique interne du document mentionne 2025.
ADEME / ECOGEOS, Les déchets amiantés en France – Bilan et perspectives, infographie, juillet 2026.
Pour en savoir plus et bénéficier de notre veille réglementaire et normative, nous consulter.

Management
du risque sanitaire
Parce que le pire est prévisible,
nous vous préparons pour le meilleur.
France
Espagne